Au cœur d'une forêt de pins suisse, le GPS est totalement hors service. Un robot marcheur terrestre navigue dans le sous-bois, totalement aveugle aux satellites, s'appuyant uniquement sur ses propres capteurs pour analyser le terrain avant de lancer un drone directement depuis son dos vers la canopée.
Ce duo mécanique « marsupial » constitue le matériel au cœur de DigiForest, une initiative multinationale visant à construire des répliques 3D précises des forêts européennes. L'Union européenne doit savoir exactement quelle quantité de carbone ces forêts séquestrent pour atteindre ses objectifs climatiques, et les estimations approximatives basées sur la superficie ne suffisent plus. En intégrant des cartes haute fidélité dans des modèles d'IA, le projet vise à remplacer les conjectures manuelles par des données automatisées et rigoureuses.
La fin du ruban à mesurer
Calculer la biomasse d'une forêt a traditionnellement obligé les travailleurs humains à manipuler littéralement des rubans à mesurer autour des troncs. Les équipes combinant marcheurs et drones sont conçues pour supprimer totalement ce goulot d'étranglement.
Opérant sur des sites d'essai gérés en Finlande, en Suisse et au Royaume-Uni, les robots extraient de manière autonome des caractéristiques spécifiques des arbres. Ils enregistrent le diamètre des troncs, calculent la hauteur et identifient les espèces sans intervention humaine. En construisant un jumeau numérique granulaire du paysage, le système suit la santé des sols et les marqueurs de biodiversité sur de vastes zones.
Il est crucial de noter que ces modèles fonctionnent comme un réseau d'alerte précoce. Si une parcelle boisée spécifique est en difficulté, la réplique numérique signale le déclin bien avant que les dommages ne deviennent visibles pour un forestier se trouvant à un kilomètre de là.
Extraction chirurgicale du bois
Ces données cartographiques sont conçues pour pousser l'industrie forestière vers un modèle de « couvert continu ». Au lieu de raser de grandes étendues de terres, les forestiers utilisent les jumeaux numériques pour identifier précisément où éclaircir les bois.
Il s'agit d'une approche chirurgicale de l'exploitation forestière. En extrayant des arbres spécifiques pour des produits en bois durables, la forêt dans son ensemble reste intacte et fonctionnelle en tant que puits de carbone actif. Cela préserve également les habitats complexes et anciens où réside réellement la biodiversité forestière.
Lianes et étiquettes de prix
Une machine qui marche parfaitement parmi les pins européens soigneusement gérés fait face à une réalité bien différente ailleurs. Les algorithmes qui pilotent actuellement les robots DigiForest peinent encore dans les environnements extrêmes.
Les ingénieurs tentent d'adapter les protocoles de navigation au feuillage chaotique et multicouche des forêts tropicales et à la neige profonde des zones boréales. Un robot qui cartographie parfaitement une vallée suisse est inutile s'il se retrouve immédiatement accroché à une liane dans la jungle ou bloqué dans une congère.
Vient ensuite l'obstacle financier. Les modèles actuels sont des prototypes de recherche sur mesure et hautement sophistiqués. Si cette technologie doit avoir un impact réel sur la conservation mondiale, le matériel devra être simplifié pour la production de masse, afin d'en réduire le coût pour les petites exploitations forestières et les pays en développement.
Sources
- Projet DigiForest
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